Utilisation de logiciels crackés - La responsabilité des dirigeants peut être engagée !

10/2/2026

Quels sont les risques associés à l'utilisation d'un logiciel cracké ?

Une décision récente du Tribunal judiciaire de Rennes (12 janvier 2026, n° 21/07155) rappelle les dangers de cette pratique et les conséquences pour les dirigeants.

La société SOCIÉTÉ D’ÉTUDES MÉCANIQUES INDUSTRIELLES (SEMI), spécialisée dans la fabrication d’outillage et de mécanique générale, a été assignée en justice par SolidWorks, éditeur de logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO). En cause : l’utilisation de 194 copies illicites du logiciel SolidWorks sur 7 postes informatiques, dont 4 équipés de versions crackées. SolidWorks, alerté par son système de détection automatisée (Phone Home), a fait diligenter une saisie-contrefaçon et engagé des poursuites pour violation de ses droits d’auteur.

Les dirigeants de SEMI, ainsi que la société mère, ont été condamnés solidairement à verser plus d’1 million d’euros de dommages et intérêts.

1. La détection des logiciels crackés est-elle légale ?

Le Tribunal a validé l’utilisation par SolidWorks d’un mécanisme de détection automatisée (Phone Home) pour identifier les utilisations non autorisées de son logiciel. Les défendeurs avaient tenté d’invoquer une violation du RGPD, arguant que la collecte d’adresses IP et d’autres données techniques était illicite. Le Tribunal a rejeté cet argument, estimant que :

  • La lutte contre la contrefaçon constitue un intérêt légitime au sens du RGPD.
  • Les données collectées (adresses IP, MAC, etc.) sont peu intrusives et nécessaires pour protéger les droits de propriété intellectuelle.
  • SolidWorks informe ses utilisateurs de ce mécanisme via ses contrats de licence et son site web.

Même si vous pensez passer inaperçu, les éditeurs de logiciels disposent d’outils pour traquer les utilisations frauduleuses. Une fois détectée, la contrefaçon est difficile à contester.

2. Comment prouver l’originalité d’un logiciel ?

Avec 40 millions de lignes de code, SolidWorks n’a pas analysé l’intégralité de son logiciel pour démontrer son originalité. Le Tribunal a retenu que :

  • L’architecture unique, les choix créatifs (méthodologie de codage, commentaires, dénominations internes) et la documentation du code suffisent à caractériser l’originalité.
  • Un échantillon représentatif comparé à un logiciel développé ad hoc par un expert a permis de prouver que les choix de programmation n’étaient pas contraints par la technique, mais bien le fruit d’une création intellectuelle propre.

Même une petite partie du code peut suffire à établir la contrefaçon. Aucun logiciel n’est "trop complexe" pour être protégé.

3. Télécharger = contrefaire, même sans utilisation

Le Tribunal rappelle une règle souvent méconnue :

  • Le simple téléchargement d’une version crackée constitue un acte de contrefaçon, car il implique la reproduction provisoire du code (même si le logiciel n’est jamais installé ou utilisé).
  • L’installation via un crack reproduit l’intégralité du code objet, y compris tous les modules, même ceux non utilisés.

→ Conséquence pratique : Même si vous ne lancez jamais le logiciel, son téléchargement expose votre entreprise à des poursuites.

4. La responsabilité personnelle des dirigeants engagée

Les dirigeants de SEMI ont été condamnés solidairement avec leur société. Pourquoi ?

  • Signalement ignoré : SolidWorks avait alerté le groupe en 2015 sur des utilisations suspectes. Malgré cela, les copies crackées étaient toujours présentes en 2021.
  • Ampleur des faits : 4 postes sur 7 étaient équipés de versions illicites, dont celui du responsable d’exploitation.
  • Faute intentionnelle : Laisser perdurer une telle situation, alors que le logiciel est indispensable à l’activité, constitue une faute d’une particulière gravité, incompatible avec les fonctions de dirigeant.

→ Attention : En tant que dirigeant, vous êtes personnellement responsable si vous fermez les yeux sur des pratiques illicites au sein de votre entreprise.

3 conseils pour éviter les pièges

  1. Auditez votre parc logiciel
    • Vérifiez que tous vos logiciels sont licenciés et à jour.
    • Supprimez immédiatement toute version crackée, même inutilisée.
  2. Sensibilisez vos équipes
    • Expliquez les risques juridiques et financiers des logiciels piratés.
    • Désignez un référent propriété intellectuelle pour superviser les installations.
  3. Réagissez aux signalements
    • Si un éditeur vous contacte pour une utilisation suspecte, régularisez sans tarder.
    • En cas de doute, consultez un avocat spécialisé pour négocier une régularisation avant un procès.

Conclusion : la contrefaçon logicielle, un jeu dangereux

Cette décision rappelle que :

Les éditeurs ont les moyens de détecter les fraudes (même années après les faits).

Les dirigeants sont personnellement responsables s’ils ferment les yeux.

Les sanctions peuvent être lourdes (plus d’1 M€ dans ce cas), avec un impact direct sur la pérennité de l’entreprise.

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